Captures de mots au jardin de Chrissette.

Bienvenue chez Chrissette, au jardin de ma vie. Je sème des graines de bonheur en devenir de mots, récolte pétales du destin, fruits du hasard, que vos yeux, cher lecteur, arroseront de votre plus beau sourire.

22 juin 2009

ChrissetteRodes

N'oubliez pas de jeter un oeil et tendre une oreille à notre TV...

ChrissetteRodes

Des réalisations maison, musique, paroles et interprétation par Rodes et Chrissette.

Tous droits réservés.

Chrissette et Rodes

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Remise des prix

Remise des prix de notre concours de poésie, au Collège Victor Schoelcher d' Ensisheim.

Merci aux élèves participants pour leurs prestations. Un grand bravo pour notre jeune poétesse de sixième qui a remporté le premier prix, avec sa contribution en rimes, "Le monde de la nuit" .

Merci Marlène Haumesser, documentaliste et amie. Une superbe initiative au coeur de l'émotion! Un superbe souvenir!

Christiane Kuhk

21 juin 2009

Katelle chez les Morgans. Conte d'inspiration bretonne. Adaptation Chrissette

Katelle chez les Morgans.

Conte d'inspiration bretonne.



"Peu après jadis, bien avant maintenant, quand hier était demain et aujourd'hui encore à naître,

c'était au temps où le plus vieux chêne de Bretagne n'était encore qu'un gland.

Au loin sur la mer, Ouessant lutte contre vents et tempêtes. Les marins redoutent ses côtes, car, dit-on

"qui voit Ouessant voit son sang".

Aussi, pour les habitants de l'île, la mer est la vie, la mort, l'horizon.

Rien d'étonnant à ce que la légende peuple cette mer

d'êtres étranges."

Je suis Katelle, une jeune fille espiègle et curieuse. Je vis avec les miens dans un village niché dans

un cortège de rochers de granit.

Notre maison, blottie contre les vents offre une seule ouverture sur l'océan: La lucarne de ma

chambre.

Je suis très contemplative. J' aime noyer mon regard dans ce miroir.

Je me raconte des histoires sans fin. Mes souvenirs voguent à l'horizon...et mes regrets aussi

viennent s'échouer sur le sable.

Du coucher de lune au retour des marins, rien ne m'échappe.

Assise sur la plus haute branche de mon arbre imaginaire , je guette le bonheur.

Un matin on annonça au village le départ d'un voilier. Sur la place femmes et enfants se mirent à

chanter danser pour honorer les hommes de la mer. Ils montèrent à bord du navire. Nous agitions

nos mouchoirs, ces petits fanions de l'espoir flottaient au-dessus de nos têtes, tandis que s'éloignaient nos pères, frères et amis. Petits bouts de toile blanche s'unissant au gris du ciel et aux

ailes des goélands.

Assise sur le haut d'un rocher, face à la mer, je contemple les vagues qui s'écrasent sur des gerbes

d'écume juste au-dessous de moi.

Je plisse les yeux pour tenter d'apercevoir le bâteau, enfin le château des Morgans dont on m'avait tant parlé.

Mais la mer toujours agitée refusait de laisser percer son secret.

Les Morgans, disait-on, étaient les êtres les plus beaux qui soient, des cheveux blonds et bouclés,

des yeux bleus et brillants...J'en rêvais.

On disait que parfois , au clair de lune, ils venaient sur le rivage faire sécher leurs pierres précieuses,

leurs pièces d'or et leurs fils de soie. Ils les étendaient sur des draps très blancs, et on pouvait

regarder, à condition de ne pas battre des paupières, car dès que l'oeil les quittait un seul instant, les

trésors disparaissaient.

Si je m'intéressais tant aux Morgans, ce n'était pas à cause de leurs richesses, mais parce qu'on

murmurait dans le pays que j'étais sans doute la fille d'un Morgan.

On chuchotait derrière mon dos que j'étais beaucoup trop jolie pour etre la fille d'un homme de l'île.

Ces paroles étaient venues à mes oreilles, et je commançais à y croire, malgré les affirmations de ma

mère, car il est toujours très agréable de s'imaginer qu'on vaut mieux que tous.

De surcroît il y avait dans l'île aucun garçon qui me plaise, aucun dont j'aurais pu tomber

amoureuse.

Il me plaisait de me laisser aller à l'idée que le garçon à marier pouvait surgir des flots...

    Aussi, j'avais pris pour habitude de me promener au bord de l'eau. Un jour, alors que je scrutais l'eau pour découvrir enfin le fameux château, je me pris à rêver tout haut.
    - Le mari qu'il me faudrait, c'est un Morgan.

    A peine avais-je prononcé ces mots, que je me sentis glisser vers l'eau. Je poussai un cri effaré: Un Morgan me tenait par la taille et m'entraînait vers le fond.
    Je tentai de me débattre, d'appeler, mais personne m'entendit.
    - De quoi as-tu peur, grimaça le Morgan en me tirant derrière lui. N'as-tu pas ce que tu voulais?
    Je ravalai mes larmes. Je regrettais. Comme je regrettais d'avoir prononcé ces sottes paroles !
    Les algues me chatouillaient le visage. L'eau semblait s'éclairer sur mon passage...Quand le château apparut à mes yeux ,je commençai à me consoler. Tout était si beau ici!

    Le visage du Morgan s'éclaira aussi. Je demeurai suffoquée. Jamais je n'avais vu de ma vie un si beau jeune homme. Lui , me regardait aussi, sans pouvoir détourner son regard d'un si charmant visage.
    Il s'empressa de me présenter à sa Mère, la Reine des Morgans.
    Elle se redressa de toute sa hauteur:
    - Un Morgan ne se marie pas avec une fille de la Terre. Elle pourra être ma servante, c'est tout!
    Et elle devra le prouver, car je ne veux pas ici de bouche inutile. Elle préparera le repas de noce. S'il n'est pas bon elle mourra.
    Le Morgan dépérit à l'idée de devoir épouser une autre jeune femme.
    Le soir même la Reine ordonna que je coiffe sa chevelure d'or.
    Je lui tendis son beau miroir de nacre...quand soudain elle se mit dans une colère furibonde.
    - Mon peigne a disparu! Seul souvenir de feu mon époux!
    Je ne conduirai pas mon fils à l'autel sans ce bijou!

  • Voulez-vous, Reine, une preuve de mon obéissance? Je traverserai la mer pour retrouver votre bien qui vous est si cher. Il a du s'échouer sur le sable au pied de mon rocher. Mais je vous promets de vous le rapporter. Je ne resterai pas là-bas.
    - Tu pourras retourner dans ta famille à ton retour.

    Je m'entourai de quelques Korrigans qui m'ouvrirent le chemin des profondeurs.

    J'interrogeai un coquillage. Puis un crabe. Puis une Bernard l'hermite. Ce dernier s'est souvenu avoir entendu gémir un soir un monstre marin...en effet il avait malencontreusement avalé un objet coupant avec des dents, me raconta-t-il.
    Je questionnai tour à tour un banc de poissons-chat, un mérou et un turbot.
    Le monstre gisait dans une grotte. Le temps coulait doucement.

    Le Morgan se déséspérait. Il comprenait que Katelle était perdue. IL errait tout le jour sans but.

    Quant à moi ma course folle m'avait conduite jusqu'à la porte de la grotte. Je me souvins soudain d'une histoire que m'avait racontée ma grand-mère, au sujet d'une sirène qui chantait. A peine avais-je déroulé ces mots dans ma tête que ma bouche s'ouvrit et je me surpris à entonner un chant.

    Un korrigan prit soin d'éclairer l'antre. Au fil de ma mélodie, le monstre se réveilla. Ma voix semblait avoir le plus bel effet sur sa mâchoire. Il l'entrebaillit et je pus apercevoir l'objet convoité. Je repris de mon plus beau timbre, en y mettant toute la force de mon coeur.
    Dans un baillement accompagné d'un grand râle de bien-être, le peigne tomba hors des rochers. Je le saisis et rejoignis le château.

    Je trouvai le Morgan effondré. La joie sa Mère ne suffit pas à lui redonner confiance. Il savait que désormais mes heures auprès de lui étaient comptées. Il avait les yeux rivés sur le sablier, il ne pouvait retenir ses larmes, sa bien-aimée lui les séchait en vain.

Je retrouvai les miens. La joie s'empara du village. Comme de coutume lors d'un retour en mer, on donna une grande fête. Dans ma famille la vie avait repris son cours, et plus d'un garçon rôdait autour de la maison, faisant sa cour à la plus belle des belles, Katelle.

La réputation de sa beauté était parvenue si loin que des jeunes gens vinrent du continent pour avoir le privilège de l'approcher.

Mais je ne pus attacher mon coeur à aucun, sans savoir pourquoi, je ne parvenais pas à les regarder et me surprenais souvent à soupirer, le coeur plein d'un désespoir que je ne m'expliquais pas.

La nuit, couchée dans mon petit lit, j'entendais des gémissements dans le vent:ce sont les âmes des pauvres noyés qui se plaignent.

Une nuit de tempête, je fus réveillée par un long sanglot porté par le vent. Les embruns de la mer frappaient ma lucarne, la mer s'était déchaînée. On l'entendait mugir, s'acharnant violemment contre les rochers de la côte. Il fallait se blottir au plus profond de son lit, et prier le ciel pour les pauvres marins qui étaient en mer.

Je sentis en moi comme de l'exaltation. Au lieu de me terrer dans mon lit, la tempête semblait m'attirer au-dehors.

Je sortis. Sur le pas de la porte, je fus assaillie par le vent et la pluie. Dans le souffle mouillé qui balayait la lande, j'entendis une voix chaude, une voix aimée qui gémissait. Tout me revint. Mon coeur se gonfla: Mon Morgan m'appelait désespérément. Je courus vers le rivage.

De ce jour, on ne me revit plus jamais. Seuls mes parents avaient deviné ce qui s'était passé, car ils avaient le premier jour reconnu sur moi des vêtements de Morgans. Mais ils ne disent rien.



Certains soirs, la curiosité me pousse à rejoindre les côtes, je les vois se promener le long du rivage. Malgré leur tristesse, ils ne pleurent point, car ils savent que je suis enfin heureuse.

Christiane Kuhk

23 Février 2006

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Un petit air de vacances

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En 2003 j'ai profité de la proximité de la Suisse, pour traverser le Sr-Gotthard et me rendre en Italie, à Venise pour embarquer à bord d'un ferry via Patras. Deux jours de croisière, puis le sol grec!

J'ai sillonné le Péloponnèse pendant un mois sur des petites routes merveilleuses. Epidaure, Mycènes, Pylos, le Magne, Aeropoli, Kalamata, Sparte, Kardamyli, Koroni, Ermioni, Stoupa, Kourtaliko, Monemvasia, le Mont Taygète, Olympie...

et puis vint la poésie.

Envie de te conter le coucher de lune sur la mer
Entre Kardamily et le bois de mon coeur,`
D'olivier cette fois.
Avec le Mont Taygète
Qui se détache, à lui tout seul, esthète,
Pyramidal, son sommet me fascine,
Nous sommes en Grèce.

La nuit m'arrache un dernier soupir.
J'ai passé ma journée à scruter l'horizon
Les ondulations de ce Bleu Egée, inimitable,
Profond et secret.
A sillonner les routes, toutes fenêtres ouvertes,
Pour humer le thym et les herbes sauvages.
J'aime l'aventure.

A m'étendre longuement
Sur les pierres de Cassandre
Epidaure, le théâtre
M'enchante.
Marches grisées et lissées
Par nos pas,
Doux témoignage
De notre passage
En ce haut lieu de spectacle.

Et Delphes du haut de son pîton rocheux
Retrouver l'amour,
Mon plus bel oracle.
Je ne crois pas aux miracles
Je crois simplement
Qu'il faut vivre la vie
Et non la regarder passer.
Je saisis ma chance,
Mon courage, meilleur allié
De ma douce providence.

Kalo taxidis!

Cet été nous partons dans la Creuse, je quitte l'Alsace, pour le grand voyage, je fais mes valises, mais pour longtemps, cette fois, j'aime cette idée.

Chrissette

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20 juin 2009

Maison à vendre à Ensisheim 68190 150 000 euros

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Maison des Mines à vendre à Ensisheim 68190

Ma maison à Ensisheim, tout un poème...110 mètres carrés habitables pour un prix mini, compte tenu de l'argus de l'immobilier! Faites votre calcul, 110 multiplié par 1878, prix moins cher pratiqué dans la région...Je ne parle pas du prix du terrain, 18000 euros l'are à Ensisheim.

Vendons pour cause de mutation chaleureuse maison des mines accolée à Ensisheim sur terrain de 3,72 ares, jardin clos et arboré, terrasse, situation très calme, à quelques minutes à pied d'une forêt et des commodités (Ecoles, garderie, pédiatre,commerces , médecin, piscine, tennis,pistes cyclables). Sous-sol : chaufferie-buanderie, cave, garage. Rez de chaussé cuisine, 1 grand salon + 1 salle à manger( parquet chêne), une salle de bain, un WC. A l'étage 2 chambres. Double vitrage, purificateur d'eau, osmoseur.  Combles aménagés. Chauffage central , chaudière mixte bois-fuel. Fosse septique. Remise aménagée.

Si vous préférez les chants d'oiseaux au grondement des semi-remorques, cette maison est faite pour vous ! Le prix est désormais de 175 000 négociables... Agences s'abstenir, merci ! Tél : 0389811689

Le jardin et la terrasse

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Maison des Mines à vendre à Ensisheim 68190

Maison des mines à vendre à 68190 Ensisheim

Calme assuré, à proximité d'un bois d'acacias, réputé pour son muguet...Bon premier mai à tous mes amis lecteurs et autres visiteurs!

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http://maisondesmines68.canalblog.com/

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14 juin 2009

Le lilas

Le lilas


Regarder une branche se balancer dans le vent n'a l'air de rien, me direz-vous, et pourtant, ce doux balancement me laissera toujours sans voix. Les yeux écarquillés comme deux boulets de charbon, je contemple ce spectacle et soudain, le passé ressurgit. Bébé, ma mère me laissait des heures, seule dans mon berceau, sous le lilas. Je contemplais, guettais les mésanges. A travers le treillis de fleurs, le ciel pointillait mon front, de lumière et l'air frais teintait mes joues de rose, ce qui me valut longtemps le surnom de Petite Reine à croquer.

Le soleil dardait ses rayons printaniers sur mes bras dodus; je dormais profondément. Un pétale blanc vint chatouiller le bout de mon nez, puis deux, puis trois. Enfin, il finit par neiger des myriades de flocons parfumés, sur mon lit. Les branches dansaient, et moi, Chrissette, je disparaissais sous la couverture immaculée, un beau baptême au cœur du jardinet. Les merles témoins pépiaient joyeusement, un vrai chef d'œuvre de la nature !

L'arbre tortueux laissait paraître quelques lucarnes entre ses branches fleuries. Brusquement je m'échappai, agrippée aux ailes d'un oiseau noir, désertant ainsi mon berceau. Ma mère occupée qui dans la cuisine, qui à l'étage, qui sarclant la terre, accroupie derrière la petite haie de buis, ne pouvait ainsi remarquer mes escapades. Je m'envolai sans bruit.
Depuis le faîte du pigeonnier, je la vis s'éloigner, puis, chevauchant toujours mon ami l'oiseau, gagnai le haut du vignoble poétiquement nommé, le pied du Nez de Soultz. Pour ce faire moi, petite aventurière, je survolai les châtaigneraies, la clairière des bruyères.

De même, un matin d'été, je profitai de l'ouverture d'une porte donnant sur le jardin pour enfourcher mon nouveau tricycle et filer à travers les allées.. L'ombre du feuillage m'offrait son tendre abri. Il faisait chaud, très chaud. Finalement, je quittai ce refuge, poussant péniblement sur mes pédales. et brusquement, l'impensable se produisit. J'étais coincée dans un trou noir, profond.. Comment sortir de ce piège? Je me mis à hurler. Au loin les merles tournoyaient , et moi, je criai de plus belle !

Au bout de quelques instants, j'entendis prononcer mon nom, au loin, comme un écho parvenu de la montagne. Pourtant, je commençais à me sentir bien, dans cette grotte improvisée qui exhalait la magie de ces endroits restés longtemps inexplorés. Mon imaginaire vagabond dessinait d'invisibles monstres rampants et tentaculaires, prêts à m'entraîner et m'engloutir dans leurs gueules béantes. J'en oubliai même la terrible odeur qui régnait en ces lieux. Soudain je me vis héroïne d'un conte, le Diable aux cheveux d'or. Devenue fourmi, je soufflai à la grand-mère du Diable les énigmes à résoudre et repartis finalement avec les trois cheveux d'or.

Puis quelque chose agrippa ma tresse gauche. C'était le Morgan qui m'emportait sur son dos au fond des mers, loin de la foule et du bruit des villes ! Ou peut-être toi, le Korrigan qui me montrais le chemin vers l'antre de la vieille pieuvre et à qui j'allais dérober le peigne de nacre! Mais je préfère encore la main de mon Prince tournant dans mes cheveux comme des vrilles autour d'un pied de vigne, et saisissant le bout de mes doigts gantés. Non, finalement je serai une marionnette offrant son spectacle aux enfants émus !

Mais le songe prit fin.. J'aperçus, au-dessus de moi, la main de mon père tenant le manche d'un râteau. Toute la famille s'était jointe à lui. Ainsi, quatre paires d'yeux bleus scrutaient le fond de ma cachette. Tous se bouchaient le nez. Ouf, j'allais bientôt m'extirper de ce gouffre gluant ! Je compris alors que j'étais tombée dans la bouche d'égout. Une fois à l'air libre, on m'entraîna sous le lilas. Ma grand-mère remplit promptement l'arrosoir qui ferait office de douche de fortune . Je ne pouvais raisonnablement gagner la salle de bain que ma mère prenait un soin particulier à garder parfaitement propre. Mon doux rêve s'était mué en cauchemar. Oma* accrocha le broc à une branche du lilas et l'eau s'écoula sur moi. Quel bonheur.. et pourtant ! Oui, pourtant je riais au fond de moi car là-bas, dans ce trou noir et malodorant j'avais certainement vécu les moments les plus exaltants de ma courte vie. Mais l'eau faisait son œuvre et estompait peu à peu les dernières traces de ce rêve..

Plus tard, je fis du coin de lilas un lavoir pour le linge de mes poupées. J'y passais de longues heures faisant ruisseler l'eau claire entre mes petites mains, rinçant, essorant, replongeant les habits dans la bassin sans jamais me lasser. La petite lavandière s'en donnait à cœur-joie, les éclaboussures n'étant pas proscrites à l'extérieur de la maison.. Le savon glissait entre mes doigts, et je regardais, songeuse, les bulles se former. Une puis deux, puis trois. J'attendais la bulle unique, la plus grosse, la plus colorée, celle qui me surprendrait, m'emporterait loin d'ici dans son ventre rond. Elle finit par éclore. Dans les reflets de ses contours irisés, j'entrevis une porte et l'ouvris sans peine. Après avoir ôté mes sandales, par souci de propreté, j'avançai sur la pointe des pieds, appréciant la douceur soyeuse du tapis chatoyant qui couvrait le parquet. Sur ma droite, dans le salon, un piano attira mon attention. Je m'installai sur son tabouret et jouai quelques croches pour emplir le vide résonnant de cette pièce aux plafonds très hauts, aux tentures chaleureuses. Une bonne odeur de pain chaud chatouilla mes narines. Le carillon frappa les six coups du soir.

Il me fallait rentrer. Je laissai l'instrument et franchis une deuxième porte qui menait à la cuisine.. Deux femmes se tenaient là. Elles m'invitèrent à prendre place sur le banc de coin. Au milieu de la table trônait un coquetier et deux mouillettes. Mon estomac grondait.
« Mange! Me dit l'une d'entre elles. C'est l'œuf que tu as ramassé tout à l'heure !»
J'avalai sans réfléchir. Aujourd'hui encore, je me revois, trempant le pain dans le jaune en roulant des yeux.
« Tu as des yeux comme deux boulets de charbon! », me dit Maria, l'autre femme
J'étais connue pour être gourmande et ne pouvais le cacher. Le lait frais dessinait sous le nez une ravissante moustache.

« Délicieux ce lait, qu'on dirait du lait de la ferme ! » Dis-je.
« Mais oui, souviens-toi, c'est toi qui as trait la vache tout à l'heure! » Répondit Maria.

Alors je me levai et ouvris machinalement le placard. J'en sortis une boîte métallique. Curieusement, je savais ce qu'elle contenait, des gâteaux à l'anis! Comment le savais-je ? Mystère !. Des gâteaux à l'anis au cœur de l'été...de plus en plus étrange ! On sonna à la porte. Je me précipitai dans le couloir, et reconnus, derrière la vitre, la silhouette filiforme de mon frère aîné. Il était temps de partir mais pour aller où ? Je l'ignorais.. Le calendrier indiquait le mois de novembre. Nous étions donc en hiver, cela expliquait les gâteau à l'anis. Un dernier regard vers le salon. Tante G., c'est comme ça que je l'appelais, me tendit un manteau en velours rasé bleu et me dit :
« Ferme bien les boutons nacrés ! Ta mère s'est donnée du mal à coudre les boutonnières! Et n'oublie pas tes nouvelles chaussures laquées noires, celles que nous t'avons achetées cet après-midi! Ne raconte pas à tes parents que tu t'es perdue dans le magasin, sinon, tu n'auras plus le droit de venir ici ! »

Je regardai une dernière fois le grand portail noir en fer forgé. Il se referma sur nous. En m'éloignant, je saluai les arbres bicentenaires qui peuplaient le parc, autour du « château », première maison du village qui portait traditionnellement ce nom.

La fillette se faisant de plus en plus rare, le lilas pleurait, de ses feuilles, l'absence de sa fidèle compagne. Les jeudis ne voyaient à présent que vide et silence. Le vélo, recouvert d'un drap de poupée, était remisé près des pots de fleurs, au milieu des bocaux de haricots ou autres cerises. La bassine servait à présent d'abreuvoir pour les oiseaux.
« Oui, parlons-en des jeudis.! Disait l'arbre. Jadis j'entendais Chrissette hurler de joie, sortir de la maison en riant quand Tante G, la maîtresse des lieux, fermait son cabinet dentaire et consolait un patient à la joue enflée. Tôt le matin, la petite espiègle montait la garde et il n'était pas rare de la voir se faufiler sous le bureau pour assister aux séances de torture que subissaient les patients de Tante G ! »

Les allées du jardin étaient couvertes d'un épais tapis mordoré. Il eût bien fallu que la fillette vint nettoyer tout ceci. Mais elle préféra s'occuper du grand parc qui souffrait du même mal..

Dans ses bottes en caoutchouc et son ciré trop grand, elle arpentait les larges chemins du parc, munie d'un râteau et d'un panier en osier, y recueillant les feuilles mortes. Elle adorait traîner des pieds et faire ainsi chanter les feuilles sous son pas, et puis tant pis pour les chaussures sales ! En effet, chez Tante G., il était permis d'entrer les pieds crottés. Il suffisait de passer par la cave et le tour était joué. Hormis cette aspect pratique, l'aspect ludique n'était pas sans intérêt. Un grand placard abritait une collection impressionnante de chaussures de toutes tailles et de tous styles., un vrai royaume du déguisement pour la comédienne en herbe qu'elle était..

Certains soirs, avant la dégustation rituelle de l'œuf à la coque, alors que Tante G et Maria s'affairaient déjà dans la cuisine, elle détournait leur attention, les forçant à la contempler dans ses incroyables défilés de mode. Affublée de vieux atours et chaussée d'escarpins, elle descendait fièrement l'escalier sous le regard amusé de ses deux complices. Elle était heureuse, voilà, tout ! Les murs du château riaient. La maison respirait la joie de vivre! Elle emplissait ses poches de glands, de drôleries et de grimaces, en usant à sa guise pour le plaisir de tous.

Décembre battait son plein de préparatifs. Aux quelques gâteaux d'anis qui subsistaient, s'ajoutèrent des « Spritzbredalas », biscuits confectionnés à l'aide d'une seringue à l'embout étoilé. Les œufs frais, soigneusement ramassés par Chrissette tenaient une place de choix aux côté du beurre artisanal de baratte.

A la maison, sa mère lui récitait les poèmes de Noël traditionnels, «Von draus' vom Walde komm'ich her! », et «Das Christkind».
Dans le château, on avait installé un grand sapin aussi grand que les plafonds qui culminaient à plusieurs mètres. L'arbre était si haut qu'il nous fallut prendre un escabeau pour y installer la pointe. Je me souviens précisément des oiseaux soufflés en pâte de verre, à la queue panachée de soie...et au regard plus vrai que vrai...aussi vrai que les mésanges que je regardais, enfant...

A présent j'étais assez grande pour couper une tranche de gâteau mais pas assez pour qu'on me confiât un sécateur .Un sécateur ? Pour quoi faire ? Pour couper quelques branches de lilas.

« Très bonne idée , Maman ! Pour l'anniversaire de Tante G., ce serait parfait. J'en fais mon affaire ! »

Elle se précipita vers le lilas, arracha une branche, puis deux, puis trois. A chaque fois un jet d'étincelles scintilla puis s'éteignit.
Elle entoura le bouquet d'un ruban puis y glissa un dessin. Tous partirent à bord de la voiture. Ils étaient attendus pour le déjeuner. Le temps était exceptionnel, le ciel, au Nord, d'un bleu éclatant. Ils arrivèrent. La table était dressée sous le kiosque.
«Tiens , Tante G, c'est pour toi »
Elle lui tendit le bouquet
« Merci ma chérie » Répondit-elle

Le lilas prit place dans un magnifique vase en porcelaine. Il embaumait le salon, son parfum emplissait toute la maison, insaisissable, d'une teneur unique...sans doute pour dire à quel point la fillette lui avait manqué.

Au moment de prendre le café, Tante G ouvrit le dessin, et là, une myriade de papillons s'envola. Soudain, il neigea des pétales de lilas. Chaque membre de l'assistance en était entièrement couvert! La magie pouvait enfin opérer! La page du dessin était blanche! Chrissette riait aux éclats. Sa mère se leva, la prit dans ses bras et la regarda sans rien dire. Tout comme la page blanche, son cœur était à nouveau pur! Elle revit alors son bébé dormant sous une couverture de pétales. La boucle était bouclée, et le lilas mort pourrait renaître le printemps suivant.



* Oma signifie Mémé en langue allemande

Mars 2009

Christiane Kuhk

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18 mai 2009

Editions Dédicaces en lecture libre chez Calaméo, génial!

Catalogue des éditions Dédicaces 2009
Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.

14 mai 2009

Poésie au collège

Photo

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